25 févr. 2013

TRAIL DU VIGNOBLE NANTAIS








LE TVN ou Batptême du feu après 3 ans d'absence sur marathon.



Prologue
Il y a 3 ans je bouclais mon premier marathon en 4h27 après une prépa consciencieuse et ultra-volumineuse eu égard à mon niveau d'alors.
1er marathon qui me laisse des souvenirs impérissables de bonheur, de fierté mais aussi hélas la confrontation à la blessure.

Ce maudit TFL qui suivit de près le marathon et qui m'octroya de longs mois de désespoir, teintés de colère et de profonde tristesse.

Il faut savoir qu'une blessure en càp n'atteint pas que le physique, elle vous bouffe aussi le cerveau.
Avec une blessure, on est confronté directement à sa fragilité, on ne sait plus si on peut faire confiance à son physique. Pire que la blessure reste la cicatrice de la peur sournoise. Peur qui rejaillit régulièrement et vous coupe toute envie de retourner sur du long.

Cette peur je l'ai apprivoisé à coup de feintes. Tout d'abord avec l'ultra-marin et ses 56 kms que j'ai marchés plus que courus mais 56 kms effectués quand même et sans réveil de la douleur.
Et puis à coup de triathlon et de semi-marathon - distances qui permettent de faire un peu plus long mais pas trop quand même, histoire de voir si ça tient le coup.

Et voilà que 3 ans plus tard, je me sens assez sûre de mon genou et de son tendon pour me lancer dans le défi des vins. ça sera la confrontation avec la réalité : non seulement courir une distance marathon mais la courir sur des chemins difficiles, pentus et hostiles.

3 ans pendant lesquels tout de même, j'ai musclé particulièrement le dos, les abdos, les cuisses et les fessiers. Muscles qui me permettront d'amortir les chocs répétitifs de la course par autre chose que mes articulations et tendons.


3 objectifs pour ce défi
1- Valider par la confrontation que mon corps accepte 44 kms de càp sans me punir en retour
2- Prendre du plaisir
3- Aller au bout du défi (l'abandon n'est pas une option envisageable)

Pour cela j'ai préparé une playlist du feu de dieu et mon Tugdual m'accompagne.


Ce qui est drôle c'est que je suis d'un calme olympien. J'y vais pour m'amuser, pour me mesurer et j'y vais la fleur au fusil. Exactement l'état d'esprit qu'il faut pour prendre du plaisir.

A- 20 kms nocturne 
Armée de mes 2 frontales pour éviter de me tordre les chevilles dans les ornières je me sens invincible.
Très rapidement je vais souffrir de la chaleur parce que malgré les -3°C extérieur, ma tête fume sous la cagoule doublée du bonnet polaire.

Une fois délestée je repars le coeur guilleret et les 10 premiers kilomètres passent avec une facilité déconcertante.

En même temps après avoir vécu l'enfer boueux de l'Ecuillé, plus rien ne peut me faire peur.

J'adore courir la nuit, on est dans une bulle formalisée par le halo de nos frontales. Je ne vois pas les autres, je regarde où je pose mes pieds. Je ne sais donc pas si je double ou me fait doubler, car le plus important à cette heure est de ne pas se blesser les chevilles.

Tugdual m'attend, moi je freine les chevaux. La vraie course commence demain quand il faudra rechausser les runnings avec les cuisses douloureuses et recourir la même distance sur la fatigue.

Au bout du 15ème kms Tugdual donne des signes de fatigue, il me dit de le laisser car il n'est pas assez entraîné pour me suivre. Je file et ce qu'il y a de grisant ce sont toutes ces descentes que je prends à fond, la musique bien calée au fond de mes oreilles. Et un Shaka Ponk dans une descente je peux vous dire que ça vous donne du coeur à l'ouvrage.

nota : il faudra un jour m'expliquer pourquoi les gens se freinent dans les descentes.
Un de mes plus grand plaisirs en course à pied c'est de foncer à toute berzingue dans une bonne grosse descente. De laisser rouler les jambes. Il suffit juste d'atterrir sur l'avant du pied et de relancer ; d'amortir avec les abdos, le dos et les cuisses.
Je me fais l'impression d'un ressort c'est super fandard c'est comme-ci je retrouvais mes couettes et ma corde à sauter.

A 4 kms de la fin je remonte Sylvie (de la team d'Yvonnick) qui est bien en peine à ce moment.
Mais de me voir débouler comme ça lui redonne un coup d'énergie et elle me redouble dans la côte.
Je la laisse filer, parce que là, je dois gérer ma course de demain et en prévision je préfère rester sur la réserve.

Quand je m'aperçois qu'au lieu des 20 kms annoncés, il y a plutôt 22 kms j'ai un coup de moins bien. Mais très vite les lumières du chateau de Briacé me guide et me voilà dans la cours du Lycée. Je stoppe ma montre et marchouille le nez au vent, quand soudain, un spectacteur me crie "MAIS C'EST PAS FINI!!!! ALLEZZZZZ"
Hein quoi ? c'est pas fini ? mais l'arche là et les lumières et les spectateurs ? je cris "mais c'est où la fin ?"
et il me fait signe que c'est plus haut à 200 mètres.
Pff la gourdasse, je rallume le chrono et me lance à fond et là je vois en effet la véritable finish line que je franchis après 2h16 de courses et 21,88 kms à mon chrono.

J'ai terriblement mal aux mollets en raison de la dernière boucle qui a été la plus technique et piègeuse et dont la marre de boue glaciale a failli stopper prématurément ma course en raison d'une contracture foudroyante (d'ailleurs y a un mec que j'ai retrouvé 2 mètres plus loin, les deux mains cramponnées à son mollet).

Et voilà la 1ère partie de faite...Tugdual arrive 1 minute plus tard après avoir foncé comme un dératé sur les 2 derniers kilomètres par peur que je l'attende trop longtemps au froid.

Comme à l'habitude je papote et refait la course avec lui mais il ne me répond pas. Je tourne la tête et le vois à demi-allongé, haleté le nez dans l'herbe. Bon il est limite en malaise. Je lui dis d'aller au chaud retirer nos temps de passage et à l'intérieur je m'aperçois qu'il est blanc-verdâtre. Il me fait flippée grave à cet instant.
Nous rentrons et après la douche, il file directement au lit et s'endort d'un coup.
Après m'être assurée qu'il n'est pas complètement mort, je finis de rincer mes runnings, préparer mon camel-back et m'envoie une portion gargantuesque de riz.

Je vais somnoler toute la nuit à cause des douleurs musculaires et le matin je me réveille passablement fatiguée.



B- 22 kms DIURNE

Réveillée à 7 h - j'ai une envie de dormir incroyable. Je pense à ceux qui font le défi des fondus (le nocturne + 52 kms diurne) et qui prennent le départ à 8 h (bon courage Yvonnick) - bon courage aussi à Cyril pour son premier 52 trail.

Malgré tout je suis en mode compétition, alors comme un bon petit soldat je vais m'alimenter consciencieusement.
Tugdual me confirme qu'il ne prendra pas le départ du diurne car il est trop fatigué, pas assez entraîné et qu'il ne veut pas se blesser bêtement.

Je suis d'accord avec lui, un bon sportif est un sportif qui se connaît assez bien pour savoir quand dire stop et protéger son corps.
Je sens bien qu'il est triste de ne pas prendre le départ mais c'est plus sage de faire comme ça.

Nous refilons au lit pour dormir 1 heure (toujours ça de pris) et c'est vers 10 h 00 que nous arrivons sur le départ. Je cours un peu pour voir l'état des jambes. C'est une catastrophe, elles sont comme coulées dans du béton, je n'ai aucune sensation, plus aucun jus.

Normalement, avec des sensations pareilles avant une course, je suis en mode hystérique complètement flippée, limite en pleurs. Mais là je suis toujours d'un calme olympien.
Parce que je sais que je réussirais à courir tout du long, je le sais au plus profond de moi, je le sais parce que j'ai confiance.

J'ai hâte que le départ soit donné parce que je n'arrête pas de bailler et n'est qu'une idée retrouver mon lit. On papote avec les gars du TCN et puis ça y est me voilà à nouveau à courir.

C'est marrant, j'ai l'impression que courir devient un réflexe comme respirer ou déglutir. Je cours et je ne pense même plus que je cours.
Descartes disait : "je pense donc je suis" moi je dis "je ne pense pas que je cours donc je cours"

Très rapidement Sylvie et Anita (team Yvonnick) me rejoignent et me demande si ça va.
Ce à quoi je réponds : "je ne sais pas je vous dirais ça dans 10 kms, parce que là je sens plus rien"
Anita me dit : "oui mais y a 22 kms aujourd'hui t'as pas oublié ?"
moi : "non non, mais dans 10 kms je te dirais si je peux en faire 22 :-D"

et pfiout, je les laisse filer devant et branche mes écouteurs. Je suis vraiment sur la réserve parce que je n'ai aucune sensations, et comme je ne connais pas le parcours et ne sais pas ce qu'il nous réserve, je suis prudente.

Les 5 premiers kilomètres, je me demande quand même ce que je fous là à crapahuter dans les vignes avec un mal de cuissot incroyable.
Mais après quelques bosses nous voilà aux alentours du 10-12ème kilomètres sur la butte du pont de st Ouen et là nous dominons toute la vallée. Je ralentis pour admirer : c'est magnifique, avec le soleil qui brille sur les champs inondés de pluie, j'ai l'impression de voir la mer au bord de mes pieds.

Je retrouve de l'énergie dans la descente et commence à accélérer un peu.
Jusqu'au 15 ème je vais bien courir mais bientôt le parcours me semble n'être qu'un enchaînement de côtes, de bosses, de montées, bref ça commence à marcher pas mal autour de moi.

J'ai encore la force de soulever mes cuisses et m'aide de mes bras pour avancer. Je prends des places dans les descentes mais ça commence sérieusement à brûler à l'intérieur de mes jambes.

Le passage en forêt avec la descente ultra glissante et pentue entamera sérieusement mon capital énergie. J'y vais un peu plus doucement parce que les roches pour vous amortir en contrebas ne m'inspirent pas confiance.

Derrière on atterri dans un fatras de gadoue bien molle, et j'ai déjà plus la force de soulever les genoux.

J'avoue que les dernières bosses je ne pouvais plus soulever mes pieds. Je me souviens donc des conseils d'Yvonnick (quand tu ne peux pas courir dans une bosse, tu marches, mais tu marches le plus rapidement possible en t'aidant de tes bras). C'est ce que je fais et j'ai l'air d'une forcenée avec mes cheveux en bataille, mon menton en avant, les yeux exorbités, le souffle rauque et les poings fermés (on dirait une loco).

Mais la méthode est bonne parce que je double même ceux qui veulent courir dans les côtes. Et après j'ai encore assez d'énergie pour me remettre à courir sur le plat.

Je remonte à nouveau Sylvie et Anita et ne pense plus qu'à l'arrivée : la délivrance.

Je cours tout le long, je m'interdis de marchouiller, je courrai jusqu'à en crever s'il le faut pour arriver plus vite.

A 700 mètre de la finish-line je sais qu'il n'y a plus de piège, je reconnais le chemin. Je double un triathlète en perdition et déboule comme une balle dans la cours de l'école.



Après 2h26 d'effort, je peux enfin dire  : 
ça y est je l'ai fait, j'ai relevé le défi des vins !!!!

NOTA : j'ai jamais compris pourquoi certains prennent autant de précautions pour ne pas se mouiller les pieds. Personnellement je me suis fait un malin plaisir à traverser les flaques d'eau et de gadoue à fond.

Il y a eu si mes calculs sont bons pas moins de 20 % d'abandon sur cette course (et je n'en fait pas partie!)

Epilogue

Un des ancrages qui m'a permis de trouver un regain d'énergie est de constater qu'au kms 42 (nocturne + diurne) j'étais à peu près sur le même chrono que mon premier marathon sur route. Ce qui veut dire que la progression est bien effective.

Le temps global est meilleur  que ce que je me pensais capable (- 17 min)  mais ce dont je suis le plus fière c'est bien la gestion de la course de bout en bout.
J'ai toujours eu l'impression de maîtriser à la fois mes capacités et le parcours tout en donnant le meilleur de moi-même.




4 commentaires:

Anne a dit…

Virginie,

J'aime beaucoup ton prologue car la relation du sportif à la blessure est exactement celle que tu d'écrit.
Sinon BRAVO (avec les 2 mains et les 2 pieds) pour cette superbe course, et cette gestion d'une main de maitre !!
Tout cela est de très bon augure pour THE D-DAY !!

Bises

Anne a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Virginie_l a dit…

Merci Anne

Le D-Day est encore loin, ma mission maintenant est de restée fraiche mentalement et de commencer en douceur la prépa ironman pour terminer avec l'envie le 1er septembre prochain.

Olivier Drchance a dit…

Félicitations, tu as relevé un sacré défi la, j'aimerais en etre capable aussi, j'en réve.