26 juin 2012

LA MARTINE HINAULT

Un jour à Far Far Away, Shrek et Fiona se sont rencontrés, puis ils quittèrent ce lointain pays pour d'autres contrées mais gardèrent toujours dans leur coeur le souvenir des embruns, du granit et des crêpes.







Bref....ça faisait un bail que Tugdual et moi n'avions pas remis les pieds en Bretagne et surtout que nous n'avions pas partagé un long périple ensemble.

Parce qu'à la base si je me suis mise au triathlon c'est quand même sur l'insistance sans faille (3 ans) de mon époux qui jamais ne doutât qu'un jour, il ferait de moi une triathlète (et pourtant c'était pas gagné..)

Mais depuis qu'il sait et qu'il a senti que je suis accrochée à ce sport, il s'est subrepticement éclipsé pour préparer son Ironman et moi qui avait l'habitude de pratiquer 90% de mes entraînements en sa compagnie, je me suis trouvée un beau matin fort surprise de constater que cela faisait des mois que je courrais toute seule.

Pour y remédier et aussi s'amuser et parce qu'au final, la compétition et les résultats en course ne sont en aucun cas notre moteur. Nous avons trouvé une jolie randonnée cycliste, un peu plus longue qu'à l'habitude et surtout un retour aux sources dans notre pays Far Far Away.

Et puis l'un des objectifs majeur de ce plan était bel et bien de me faire passer le 100ème km à vélo.
100ème qui psychologiquement représente un cap - c'est un peu comme son premier 10ème km à pied, on sait qu'on peut le faire mais on n'ose pas :-)

Alors quitte à faire 100 bornes, autant en faire 120 tant qu'on y est et puis si on peut pimenter avec un peu de dénivelé, vu que part chez nous c'est le plat pays et qu'on est nulle pour monter les bosses, pourquoi se gêner.

Au menu donc : 120 kms  et 1 500 D+
sous un soleil radieux, sans vent et sans drafting pour nous.

(Pour ceux qui souhaitent ne voir que les chiffres c'est par )

Pourquoi sans drafting ? parce que nous ne savons pas rouler en paquet.
Bon si un paquet de 4, 5 ça le fait mais un paquet de 50, alors là je dis NON !
les mecs se mettent à droite à gauche, t'encerclent, te frôlent, je finis agoraphobe en moins de deux.

et pis, le triahtlon c'est sans drafting, du moins sur les formats qui m'intéressent alors autant se mettre dans un contexte d'entraînement optimal.
et je tiens à préciser que Tugdual ne me trainera pas dans sa roue, puisque nous passerons tout le parcours côte à côte.

On nous a prévenu de 2 choses avant de partir :
Premièrement le col du mont de Bel-Air qui est un sacré morceau à avaler. Il monte sur une hauteur de 336 mètres (point culminant des Côtes d'Armor) et pendant des kilomètres (9 précisément) et se situe au kilomètre 70
Et puis la seconde c'est la côte du Créac'h au kilomètre 110, aussi appelée "le mur" qui monte d'un coup sur une distance de 2 kms et où la légende dit que personne ne le passe sur la grosse plaque (je confirme, tout à gauche et encore c'était à peine suffisant).



J'ai divisé le parcours en 4 laps d'à peu près 30 kms, pour voir la progression de l'allure.

1er lap- 28,5 kms/h: je m'amuse comme une petite folle, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend, de vraies montagnes russes mais avec plus de descentes que de montées (ou alors c'est que j'étais super fraiche).

Je ferais ma plus belle pointe de vitesse à 55,7 kms/h dans la descente d'Yffiniac, où je vais pédaler comme une folle jusqu'à ce que j'en sautille sur la selle.

Tugdual est plus prudent et me rattrape dans les côtes. Il me dit que j'y vais trop fort et que je vais me cramer. Ce à quoi je rétorque qu'on verra bien , que ça passe ou ça casse et que de toute façon, c'est maintenant, en entraînement qu'il faut toucher voir dépasser les limites pour mieux ajuster ses allures le jour J.

Alors du coup, je remonte des pelotons de cyclistes, je double dans les bosses, je descends à fond les manettes : l'éclate totale (bon à part les gravillons d'Hillion, qui m'ont bien mis les chocottes).

2ème lap- 26,3 kms/h: oula, les enchaînements de côtes commencent à me chauffer sérieusement les cuisses.
Je réduis la voilure, parce qu'il reste encore le col du mont de bel-air à passer et que nous ne sommes pas au bout de nos péripéties.

Heureusement le premier ravito arrive, j'en profite pour remplir ma gourde et Tugdual se goinfre.
Bien évidemment, il oubliera de remplir sa gourde. Par contre il n'oubliera pas de discuter avec tout le monde.
Mais moi je ne veux pas passer trop de temps au ravito, car j'aimerais vraiment me mettre en situation de course.

3ème lap : la montée du col - 21,5 kms/h.
Alors là, les cocos, ça chauffe dur. Bizarrement j'arrive à parler et ne suis pas essoufflée mais bondieu que j'ai mal aux cuisses. ça n'en fini pas et finalement je me fais une raison, ça va monter encore longtemps, alors je l'intègre dans ma petite tête de belette et je disjoncte le cerveau.
ça pédale, ça pédale et ça sert les abdos !

Tugdual va m'encourager à sa manière en lançant un de ses fameux Grallismes (vous connaissez les Evangelismes, ben pareil mais en beaucoup moins neuneu et beaucoup plus acide)- attention les oreilles-

"ça va bien le vert avec le orange ? (notre maillot est vert et mon vélo orange)"
je réponds : "j'en sais rien"un peu essouflé.
"ben moi je trouve que oui, parce que comme t'es toute rouge on dirait un feu de signalisation !"

Il est bête cet homme je vous jure, parce que maintenant me voilà partie à rire comme une baleine et c'est d'autant plus dur de gérer la montée, car je m'asphyxie avec ces conneries.

Arrivée en haut, je lache un : "LA VACHE ! la saloperie de col de mes deux !!!!"
là-dessus, un cycliste qui arrive peu après-moi répond : "BRAVO MADAME ! et vous avez raison, c'est même bien plus qu'une vache, c'est un taureau".

Mais en haut du col, c'est récompense : un bon gros ravito avec des gens super sympas.
Le Tugdual qui se tape la discute avec tout le monde, qui bouffe autant comme autant.
Moi qui avale rapido, une orange et 1/4 de banane et ronchonne en l'attendant : "hé ho, on n'est pas là pour picniquer hein !"

et ça repart mais en descente ce coup là et z'ont pas été très cool car la descente du col est pleine de gravillons. Alors là je fais pas ma fiérote et j'y vais sur la pointe des pédales.

mais très vite du goudron classique et je lâche les freins, zzzzzzzzzz

Je regarde ma Garmin et me voilà au 96ème kilomètre,  il faut que je passe mon 100ème sous les 4 heures !!!

mais bien évidemment, c'est un enchaînement de bosses, tant pis j'appuie de tout mon poids sur les pédales et le 100ème tant attendu se pointe au milieu d'une côte à 3h55 de course.

Je lâche un énorme : "YEEEEEES" ponctué d'un poing victorieux qui laisse pantois mes compagnons de route (ils n'ont pas compris pourquoi j'étais si contente d'être en plein milieu d'une bosse).

4ème lap : le mur - 25,3 kms/h
maintenant il ne reste plus que 30 bornes pour finir. Il faut donc assurer ses arrières ne plus faire la foldingue et garder en tête que derrière m'attend un enchaînement course à pied d'1 heure.

Bon c'est toujours pareil, ça monte, ça descend etc, etc....J'en ai ras le casque des côtes, mais j'en ai marre à un point si vous saviez.
Je ne sais plus comment me mettre. Mes trapèzes sont douloureux, mes cuisses brûlent, mon séant est meurtri.
Les kilomètres ne passent pas, c'est comme une longue traversée du désert.

Mais vient, une bien belle grosse descente sur 2 kilomètres. Alors là, je file à fond, car ça, c'est au moins des kilomètres qui passent sans fatigue. je me détend du mieux que je peux. je relâche tous mes muscles.
en position de l'oeuf qui fait sa prière ou de la poule qui va se prendre un bon coup de pied au derche (faites votre choix). Les mains en bas du guidon, les fesses relevées, les genoux serrés et le nez sur les aérobars, je n'en ai plus rien à faire de me vautrer, car si je chute et bien au moins je pourrais m'étendre de tout mon long !

Je mets un enième vent à Tugdual qui n'arrive décidément pas à se lâcher dans les pentes.
Puis arrive THE WALL.

Je suis juste en bas et au loin je vois un paquet tout en haut qui patine autant comme autant. ça se déhanche, ça balance les épaules de droite et de gauche....je sens que je vais prendre cher.

Je lâche un : "LA SSSSALOOOOPE" ! à la Daniel Gelin (je parle de la bosse bien entendu) et je vais le répéter un bon bout de temps après en avoir terminé avec elle.








Je passe tout à gauche et je grimpe. J'ai l'impression que je vais tomber tellement je n'avance pas (8,8 kms/h) et à côté de moi, ça ne monte pas plus vite, je vais même en doubler.

Tugdual m'a rejoint et me lance un Grallisme - attention les oreilles - "dis-donc qu'est-ce que tu me mets dans les descentes, heureusement que t'avances pas dans les côtes sinon tu me mettrais des branlées en vélo".

Bon là je préfère l'ignorer parce que voilà que le mur est grimpé et que maintenant ça suffit, je décrète que la plaisanterie a assez durée.

Je remonte sur la grosse plaque et merde à La Martine, ça va foncer sec jusqu'à la fin.
Je double, et double encore.

Arrivée près d'un dos d'âne, je double et n'ai pas le temps de freiner pour l'anticiper.
Je me dis, bon aller tant pis, je vais m'envoler et accélère de plus belle.

Au passage du dos d'âne, vous savez ces trucs carrés et bien tape-cul,

je voltige et crie un "YOUHOUOUOUOU" de cow-boy (bon un cow-boy de Brokeback mountain, mais un cow-boy quand même !).

Le mec juste derrière moi en profite pour venir me coller la roue. Moi je m'en fiche, je veux juste en finir. M'en fou de me faire doubler, de doubler, de baver, de rougir, je veux poser pied à terre.

Je fonce à 33 kms/h et Tugdual me rattrape en criant "mais enfin, qu'est-ce qui te prends, tu t'enflammes ?"
"non non, je veux en finir, j'en ai marre, ras-le-bol, ma claque, je veux voir l'arrivée"

A mon compteur il ne reste plus que 6 kms, mais... et mais dis-donc ! mais non ! nous y voilà déjà !
Ah ben mince alors, je suis un peu déçue pour le coup.

Nous passons sous l'arche à 115 kms au GPS et 4h32 à ma montre (moi qui voulait faire 4h30 - raaa les maudits ravitos!) soit environ 25,5 kms/h de moyenne sur la distance totale.
J'suis pas fière de l'allure, mais je ne pouvais pas faire mieux vu le profil du parcours, donc je suis pleinement satisfaite et super contente (que de bons souvenirs).
En fait je suis vachement fière d'avoir fini la Martine Hinault :-)

nota : j'ai beaucoup parlé de doubler des cyclistes dans les montées mais je me suis faites beaucoup doubler aussi et surtout dès le départ. Le fait est que je suis tellement habituée à être loin derrière dans les côtes que cela m'a sauté au yeux sur cette course ; parce que bien sûr, je ne suis pas arrivée la première loin de là :-)

Bon je passe sous silence l'enchaînement càp sur terrain vallonné, rude, accidenté, bien casse-guiboles qui ne durera que 50 min au lieu d'1 heure - j'ai fini à 4 pattes dans l'herbe du jardin de la résidence Grall et ai failli gerber mes carottes râpées sur le gazon tondu de près.

(Le résultat de la courses à pied ici)

Parce que bien sûr, à l'arrivée du vélo, un buffet nous attendait et on en a bien profité, donc du coup la càp, ça a été un peu laborieux.
Alors oui vous allez me dire, mais c'est quoi cette transition qui dure 1 plombe. Ce à quoi je rétorquerais : voumai y avait du Far Breton et je ne peux décemment pas passer à côté.

1 commentaire:

bat a dit…

Bravo pour cette course !
C'est toujours aussi agréable de te lire.

(l’enchaînement càp à plus de 10km/h laisse envisager un super temps pour ton prochain Ironman ;)