2 juin 2011

MON PREMIER TRIATHLON DE GRANDE

En m'inscrivant au TCN pour 2011, je me suis engagée à faire au moins 3 triathlons dans l'année - ce qui me semble insurmontable étant donné que je veux aussi faire le trail de Vannes et un tout petit marathon à Vannes aussi :-D avec une pincée de semi et quelques 10 kms et pourquoi pas 1 ou 2 cyclotouristes.

Mais bon, je ne suis pas du genre à ne pas tenir parole, j'ai craché, j'ai juré, croix de bois, croix de fer si je ne fais pas 3 triathlons que je brûle dans l'enfer des tricoteuses compulsives.

Lorsque nous apprenons que Mesquer-Quimiac organise son premier triathlon - cela ne fait qu'un tour dans nos têtes de poisson rouge et s'ensuit immédiatement l'inscription pour le premier triathlon de la saison.

Oui mais voilà, j'aurais mes enfants et ça va être chaud pour l'organisation.
Alors très vite nous décidons de m'inscrire au découverte et Tugdual sur le sprint.

Premièrement car il a plus d'expérience que moi en triathlon (donc il fait le plus long) et que comme l'un se court le matin et l'autre l'après-midi, ça nous laisse le temps de surveiller les enfants à tour de rôle.

Etant donné que la semaine d'avant je me suis lamentablement distinguée sur "Vertou à l'eau" en brassant comme une damnée, tête hors de l'eau, bonnet vol-au-vent et peur panique au ventre dans l'Erdre vaseuse et gluante ; je suis bien contente de n'avoir à faire que 350 mètres en plein océan. (et quand je dis contente, je pense : PUT1 j'ai la trouille !!!)

Il faut tout de même que je vous raconte la veille de cette course qui débute à 4h30 du matin pétante. Prise d'insomnie depuis 3 nuits, cette dernière en est l'apothéose (mais non je ne stresse pas, ou alors très légèrement).
Comme je prépare en parallèle le trail de Vannes (56 kms) et que je n'arrive pas à me rendormir.
Je pars de 6h à 7 h du mate pour 11,5 kms de cap avant le petit déjeuner.

Résultat, quand arrive l'heure du gouter, je suis fracassée de sommeil, je vois double et je ne suis plus étanche.
Mais le périple ne va pas s'achever de si bonne heure, car nous prenons le camping-car et les enfants vers 18 h 00, pour aller dormir à Mesquer et c'est un choix très judicieux que de partir ce mercredi soir car tout le monde a eu la même idée, à savoir : partir à la mer pour le week-end de Pentecôte.

Quelques heures de bouchon plus tard (Mesquer est à 130 kms !!!!), nous nous trouvons un petit coin de paradis pour dormir, il est presque minuit - ça fait 19h30 que je veille et j'ai mal aux cannes. La tête me tourne et pour couronner le tout j'ai chopé froid et ma gorge est en feu, je suis fébrile, et au bord du coma.
Je soumets discrètement l'idée à Tugdual que demain je serais peut-être forfait sur ma course si la fièvre qui pointe le bout de son nez augmente et me laisse sur le carreau.
Il me rétorque un "t'es vachement affûtée" qui me laisse pantoise.

vendredi 2 juin - 7h30 am : j'ai super bien dormi et ce sont les petits oiseaux qui m'ont réveillée, c'est donc avec le sourire que je démarre la journée. Le sourire et la gorge en feu.

Je crois bien qu'un raton laveur est venu mourir derrière mes amygdales - mais je n'ai pas de fièvre, pas de courbatures et pas du tout envie d'aller dans la mer froide. J'ai juste une haleine de chacal qui a picolé toute la nuit mais ça va le faire.

Toute la nuit j'ai rêver du triathlon. J'ai ressassé sans cesse les gestes des transitions, j'ai repensé en boucle à la meilleure façon d'organiser mon coin de parc.
Je stresse, me fais des films avec des vagues de 1 mètre qui forment une barrière infranchissable.
Un parcours vélo tellement technique que je me vautre au moins 3 fois et explose mes genoux délicats.

bon je mets tout ça dans un coin de ma tête et j'essaie de penser uniquement à la chose que je dois faire au moment présent, c'est à dire : MANGER !!!

8h30 nous voilà installés à la meilleure place pour le triathlon. Mesquer est ravissant - je retrouve les paysages accidentés de ma chère Bretagne et il n'y a pas photo, c'est vraiment magnifique et le plus bel endroit du monde (La Baule, Deauville et la Vendée : allez vous rhabiller chez Tounu car vous êtes tout moche - oui je suis chauvine et alors ???!!)

Il y a un vent de fou mais il fait super beau et il commence même à faire chaud.
Nous allons rapidement explorer les alentours.
Le parc de transition est situé environ à 400 mètres de la plage. Il faut remonter la plage de sable mou (quand je dis remonter, je pèse bien mes mots et quand je dis mou, je pense à un plat de tripes) et courir pieds-nus sur un gros bitume mal fini et rugueux (un bout de tapis nous soulage sur 100 mètres, c'est déjà ça).
Après le bitume, encore du sable de dune qui embourbe bien et enfin le parc.

Bon j'intégre ces paramètres dans ma tite tête et adopte la respiration de l'accouchement, appelée aussi respiration du petit chien (je crois que je vais vomir de peur).

J'ai tellement la trouille de cette partie natation, que je n'ai qu'une envie : partir en courant de l'autre côté et me faire porter disparue (tant pis pour Tugdual et les enfants) - j'ai envie aussi de mettre une soufflante à Tugdual parce que tout ça c'est à CAUSE de lui. Ben oui, il me dit tellement tout le temps que je suis une bête et capable de tout, que je finis parfois par le croire - mais en fait, il est juste fou ce garçon, il ne sait pas que je suis une petite chose fragile à l'intérieur et que je suis trop petite pour jouer avec lui dans la cour des grands.
Je le maudis, je lui en veux et il mériterait bien une baffe là tout de suite maintenant.

Bref je stresse tellement, que je le stresse et que du coup ça me stresse encore plus de le sentir inquiet pour moi.

Voilà le moment de préparer ma caisse et je m'aperçois que j'ai oublié mon soutif et ma montre.
Je ne retrouve pas ma gourde fétiche et je crois que là vraiment, il faut que j'abandonne.
Le hic c'est que si j'abandonne, je suis bonne pour l'asile, parce que je vais me tournebouler le cerveau dans tous les sens.

Alors j'y vais comme un bon petit soldat. j'installe mon parc de façon militaire.

une serviette au sol, le casque à droite avec les lunettes dedans. le dossard sur son porte dossard bien devant et prêt à être enfilé, les chaussures de vélo à côté du casque sur la gauche et mon gilet sur l'envers et sur le guidon. Mes gourdes sont en place et je commence à enfiler ma combine.

Je sympathise avec mon voisin qui m'aide à fermer la combine et nous filons au briefing de course.


Sur la plage, je rentre doucement dans l'eau et je me dis que non c'est pas possible, elle est vraiment trop froide, ça va me couper le souffle.
Mais finalement, la combine est super, je ne suis pas saisie du tout et il faut déja retourner sur la plage pour le départ.

Je me mets en retrait des premiers et le coup de feu part. tout le monde court dans l'eau, c'est marée basse.
le coup de feu a opéré un changement radical en moi. J'ai débranché mes 2 neurones et je suis en mode warrior, plus rien ni personne ne pourra entraver mon chemin.



Dès que nous avons de l'eau aux cuisses certains se mettent à nager et moi.... je les double en courant :-) - je me dis que finalement cette compète de natation peut peut-être se faire en courant.
Ah mais non, finalement il faut nager, je n'ai plus pied.
Me voilà dans la machine à laver. des brasseurs, des crawlers, des barboteurs et même une qui essaie tant bien que mal de faire du dos crawlé.
Je donne des coups dans les jambes des brasseurs qui s'arrêtent automatiquement de trouille que je ne les noies. je monte par-dessus les lambinoux de devant, je joue des coudes, je serre les dents et je prends la première bouée au ras du ras du bord. je crawle et arrive à me reposer en même temps. La combine me fait bien flotter et l'eau de mer qui pénétre dans mon nez et ma gorge me fait un bien fou.
Je suis bretonne de coeur, j'ai toujours connu la mer et je me sens à ma place.
les vagues et le vent ne me gêne pas, je prends même du plaisir.
2 coups de bras je respire et regarde ma direction, on m'éclabousse, j'avale de l'eau, tant pis, je reprends mon souffle de l'autre côté.

j'arrive où j'ai pieds et je me relève pour courir. Je pense à dégrapher ma combine et retirer le haut en courant (une vraie pro :-D)





En revanche, je ne force pas sur la course à pied car la dune m'essoufle beaucoup et j'en profite pour reprendre mes esprits et ma respiration.

sur le bitume, je m'envole (même pas mal) et me voilà dans le parc.

vite, vite je piétine pour retirer le bas de ma combine. et comme un automate, une machine bien huilée, j'enfile mon casque mes lunettes, mon dossard que je tourne pour qu'il soit dans le dos et enfin mes chaussures.

Je cours le vélo à la main et ne monte pas dessus tout de suite car ça bouchonne.
Un peu plus loin je me mets à l'écart et sans m'énerver, j'enfile la première pédale, grimpe sur la selle et enfile la seconde pour rouler tout droit avec force et conviction pendant que d'autres titubent.

C'est partie pour la discipline qui me semble le plus facile. J'en profite pour bien m'hydrater et me reposer.
Le parcours est roulant et super protégé du vent. Je double beaucoup de monde.
Je suis à 27/29 de moyenne, je ne force pas, je m'économise pour la cap.
Je tiens juste assez de puissance pour prendre quelques places et m'assurer du confort pour la dernière partie.
dans les descentes j'y vais tout shuss - tout à droite et pédalage à fond, je fais du 44kms/h.
en montée, et en danseuse je double pas mal de gens (j'essaie de tenir 23-25 kms/h dans les bosses qui ne sont pas bien longues).

Le hic c'est que sur les "découverte", beaucoup ne savent pas rouler et se mettent systématiquement à gauche sans doubler pour autant.

Le réglement interdit de dépasser l'axe centrale et de drafter mais j'avoue que par mesure de sécurité et précaution je préfère faire un large écart pour doubler ceux-là et j'empiète parfois sur la partie gauche de la chaussée.
je crie aussi : "attention" quand je double et que je sens que la personne ne m'a pas sentie arriver.

Bref je prends mon pied.

Une voiture a réussi à se faufiler dans la course et m'oblige à freiner sur le dernier kilomètre (grrrr), je me mets en danseuse et mouline pour habituer mon corps à reprendre la position verticale.

les 10 kms sont passés et je descend de selle, je cours avec le vélo à la main jusqu'à ma place.
Je ne me trompe pas de rangée car j'ai pris le soin de les compter avant de démarrer.

Je vire les chaussures dans la caisse, pose mon casque et mes lunettes et enfile mes runnings pieds-nus. Je bois un dernier coup et je pars à fond les gamelles.

Je suis fraîche comme une rose et n'ai aucune sensation d'engourdissement dans les jambes.



Et là je double toute une rangée de runners, qui du coup ont l'air tout surpris de me voir arriver comme une balle. La vache je me sens puissante et le bitume est un bonheur sous mes pieds.
En plus comme je m'entraîne depuis plusieurs jours avec 2 kilos de camel-back, le fait d'être "à poil" me donne des ailes.

Je me dis que ça va vraiment se terminer en apothéose car je sens les concurrents fatigués et moi je me trouve des ressources inespérées.
J'imagine gambader dans les petits chemins douaniers mais ça, c'était avant le drame....





Et le drame arrive vite, très vite, trop vite.... Les chemins douaniers commencent à devenir sableux, très sableux et nous voilà maintenant dans des espèces de tourbes, où les pieds s'enfoncent sans trouver de point d'appuis qui puissent leur donner un élan.

Je pédale dans la semoule et mon coeur monte en flèche.

Très vite je prends la décision de marcher pour faire resdescendre tout ça. Musculairement je peux le faire, mais niveau cardio et souffle c'est trop hard, je m'épuise.

J'alterne, dès que c'est trop mou je marche et je reprends la course à fond dès que c'est plus dur.

Je me refais doubler, mais rien n'est joué car nous n'en sommes qu'à la moitié.

et là le deuxième drame : des escaliers et pas des escaliers de tarlouze, je vous prie de croire.
Des trucs en béton tout raide que personne ne court.

Je demande au bénévole si la plaisanterie est encore longue. Il m'indique qu'il ne reste plus que 500 mètres (qui en réalité seront plus proche des 800 mètres).

J'enfile l'escalier de 2 marches en 2 marches.

Revoilà le dur, mon souffle est court, mais bon dieu, il faut que je redouble les 2 nanas qui m'ont dépassée.

Je galope sur le remblais (ces 2 kms en paraissent 4) et nous revoilà à l'arrivée de la partie natation.
Je galope sur le tapis, je sais que c'est bientôt fini, mais j'ai peur qu'une troisième surprise ne vienne me cueillir.

et n'ayant pas l'arche en champs de mire, je ne donne pas encore tout.

Au détour du bosquet, situé près du parc, je vois l'arche, je sais que je peux me lâcher maintenant.




Je file aussi vite que mon souffle me le permet. J'ai laissé derrière moi les 2 nanas qui se sont épuisées à courir dans les dunes et j'arrive enfin au bout de ce premier triathlon.


Conclusion : je suis heureuse d'avoir réussi à bien gérer les 3 efforts et surtout les transitions qui m'inquiétaient beaucoup.
Je pense que je n'aurais pas pu faire beaucoup mieux sauf si le terrain de cap avait été plus "classique".
Du coup, je suis très très contente de mon classement, de mon chrono et surtout j'ai repris confiance en ma nage.
Dire qu'il y a 1 an je ne savais pas nager et que c'est la première fois que je vais si loin en mer !!!
Bref c'est une victoire sur moi-même et une grand satisfaction personnelle.

Tout ça pour vous dire que le triathlon c'est super stressant car il y a 3 départs à gérer au lieu d'1 (et oui 3 disciplines qui remettent en question à chaque fois le chrono final) mais qu'au final c'est vraiment très ludique et motivant.

Résultat : je finis 5ème de ma catégorie (Sénior Femme) - 10ème femme sur 50 concurrentes et 98ème sur 190 concurrents (+1 abandon et 10 forfaits)

natation (transition vélo incluse) 350 mètres : 9min40
vélo (transition cap incluse) 10 kms : 21min41 (environ 29 kms/h si je retire 1' de transition)
cap 2,5 kms : 14min07 (10,63 kms/h)
TEMPS GLOBAL :45 min 26 sec 50

Bon finalement, Tugdual n'aura pas eu de baffe mais un gros bisou - parce que c'est quand même GRACE à lui que j'ai le courage de vivre mes envies.

Le 19 juin je fais le sprint des Sables d'Olonnes (750 mètres de natation en mer : gloups) et là tout de go Tugdual m'annonce que ça serait vraiment sympa si on s'inscrivait sur la Costarmoricaine (une cyclotouriste) qui a lieu une semaine après le trail de Vannes.

Bien sûr, sur le parcours de 137 kms (le plus long) parce que sinon c'est de la triche (vu que j'ai jamais fait 100 bornes d'un coup, autant sauter cette étape et passer directement au niveau supérieur - et puis 1 semaine pour récupérer après 56 bornes de course à pied c'est amplement suffisant non ? quand je vous dis qu'il est fou ce garçon !!)

Mais je ne peux pas lutter, ça passe par l'endroit qui m'a vu grandir (St Cast) et que c'est un paysage magnifique (et là je visualise bien les nombreuses bosses qui m'attendent et les bretons c'est pas des chochottes en sucre en vélo !)

Bref, je crois bien que je vais signer pour me faire déchirer en vélo le 3 juillet.

6 commentaires:

jp75018 a dit…

Bravo pour ton tri.

mais à mon avis, faire une sortie vélo de 137K, une semaine après 56K en cap ne fera que retarder la récup et fatiguer l'organisme car la fatigue générale sera supérieure à celle d'un marathon, du moins si tu cours ce trail au max...

Contente toi plutôt d'une petite sortie vélo de 1H/1H30.

Tug a dit…

+1 c'etait une blague les 137.
Je n'ose pas imaginer notre état a la fin du trail.
Nous irons rouler en recup-active mais pas de façon intense et longue.

Virginie_l a dit…

ah oui mais moi je t'ai cru ce matin. Et j'ai pas dit à quelle allure j'allais rouler :-)

mais c'est vrai q'1h30 de vélo coolos nous fera le plus grand bien.

(Merci JP)

cosniweb a dit…

Depuis que le TCA a décidé de fêter ses 10 années d'existence en organisant un triathlon, je me suis battu pour défendre le site de Mesquer (j'y ai habité pdt 10 ans !)

J'ai tracé les parcours de ce tri dans cet esprit : une vraie natation en mer, un vélo pas si facile (no-drafting, routes rugueuses, faux-plats montants, ...) et une course à pied nature (sable, escalier)

Je suis content que tu es choisi notre épreuve pour te lancer (j'ai moi-même commencé le tri au TCN en... 1996) et ton article m'a fait bcp rire

Bonne continuation !

Sportivement
Cosni

Virginie_l a dit…

Merci pour ce parcours qui a été fort agréable et très bien encadré.

C'est sûr l'année prochaine on le refait et je compte bien m'inscrire sur le sprint ce coup-ci

Cyril A a dit…

Bonjour Virginie,

J'ai adoré ton récit, merci de l'avoir partagé (plein d'humour et d'auto-dérision).

Puis-je me permettre de référencer mon blog ici ? http://levetoietcours.blogspot.fr/

J'y raconte (entre autres) mon premier triathlon sprint.

Cyril A